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Résultats d’une étude préliminaire avec le tapis capteur de pression Le Nouvel Écuyer

Articles scientifiques

08/06/2022

Ces résultats sont issus d’une étude réalisée par Blandine, notre doctorante chargée de Recherche et Développement chez Le Nouvel Écuyer.

Cette étude a été réalisée pour son mémoire de fin de master en Ingénierie et Ergonomie de l’Activité Physique à l’UFR STAPS de Reims. Les objectifs de cette étude étaient de tester le tapis dans différentes situations : avec différents couples et différents équipements afin de préparer le terrain pour la réalisation de la thèse. Les résultats des tests permettront d’aider à mettre en place les lignes directrices d’un protocole d’utilisation. Mais aussi d’appréhender les résultats obtenus correctement et d’évaluer leur fiabilité et leur répétabilité.

Mise en place et test du protocole expérimental 

Pour cette étude, 9 couples cavaliers/chevaux ont accepté de jouer le jeu. Parmi ces 9 couples, 5 avaient été suivis régulièrement par le même saddle fitter (groupe témoin) et 4 ne sont pas suivis par un saddle fitter ou alors ont suivi une consultation une fois il y a longtemps (groupe test). Les participantes sont toutes des femmes, entre 18 et 36 ans (moyenne d’âge 28 ans). Taille moyenne d’1m70 pour poids moyen de 66 kg. Les chevaux étaient de races différentes, de taille différentes et d’âge différents avec une moyenne de 12,4 ans. 

Afin de participer à cette étude, les critères d’inclusion étaient les suivants :

Il était aussi demandé aux cavaliers si eux et/ou leurs chevaux avaient eu des antécédents physiques type blessure, problèmes posturaux, etc. Ces informations pouvaient permettre d’expliquer certaines asymétries observées avec le tapis capteurs de pression. 


Chaque couple a participé à l’étude avec sa propre selle. Les selles étaient de toutes marques, trois des modèles étaient des selles de dressage, trois autres étaient des selles de CSO et les autres des selles mixtes. Certaines étaient neuves, d’autres étaient moins récentes voire endommagées, leurs tailles étaient entre 16,5 pouces et 17,5 pouces. Ce panel de 9 selles était composé de selles avec des matelassures en laine, en mousse et en système Cair.
Le protocole consistait à observer chaque trio cheval/cavalier/équipement (selle, amortisseur…), prendre les mesures du dos du cheval et ses informations complémentaires, ses antécédents et la façon dont il est suivi par des professionnels mais aussi les antécédents du cavalier et la façon dont il est suivi. D’où la difficulté de réaliser des études en équitation, vous voyez bien le nombre de facteurs à étudier et à prendre en compte😀. Ensuite, le cavalier pouvait détendre son cheval avant de l’équiper du tapis capteur de pression et de réaliser les exercices.

Une fois équipé, le couple a pu réaliser les exercices du protocole. Le but de ces exercices était qu’ils soient accessibles et faciles afin de pouvoir les répéter dans l’objectif d’analyser la répétabilité des résultats obtenus. Pour ça, un cercle de 20m de diamètre et une ligne droite  de 20m ont été installés. Le couple devait alors réaliser la ligne droite au pas, au trot enlevé, au trot assis et au galop, et ce, trois fois à chaque main puis de même en cercle. Lors de chaque passage un enregistrement a été réalisé. Un bon exercice de mise en selle pour le plus grand plaisir de nos cavaliers et de nos chevaux testeurs 🏇.

Présentation et analyse des résultats

Des dizaines d’heures d’analyses plus tard et un peu d’huile de coude, place aux résultats !

Étape 1 : Transfert des données, le casse-tête chinois : ou comment traiter 50 enregistrements par cavalier 😅

Étape 2 : Le tri sélectif : trier, renommer et mettre en ordre les données histoire de ne pas s’y perdre 👌

Étape 3 : Des chiffres et des courbes : réalisation de tests statistique pour comparer les données entre elles 💻

Étape 4 : Passage des résultats à la loupe 🔎

Voici ce que l'on peut observer :

A) Une des premières observations est que la différence de pression moyenne est significativement plus faible pour les couples témoins ayant bénéficié d’un suivi par un saddle fitter que pour le groupe test n’ayant bénéficié de ce suivi. 

B) Une différence significative a aussi été remarquée entre une selle en mauvais état et une selle en bon état. Une selle en mauvais état induit plus de pression qu’une selle en bon état. Plutôt logique me diriez-vous 😉. Pourtant certains paramètres peuvent nous induire en erreur. Par exemple, dans cette étude, un cavalier avec une selle inadaptée et en mauvais état peut induire autant de pression qu’un cavalier qui pèse pourtant 15kg de plus même s’ils ont le même niveau. Cette constatation coïncide avec les résultats trouvés par Marie T. Dittmann et al. (2021) dans leur article concluant qu’une selle inadaptée peut représenter 6 à 28% d’augmentation de pression. D’où l’intérêt de faire vérifier sa selle régulièrement !

C) Dans cette étude, nous avons trouvé que le niveau des cavaliers était peu significatif car c’est un niveau subjectif, de plus l’étude était composée de trop peu de cavaliers et de niveaux assez similaires.

D) Concernant les moyennes de pressions observées en fonction des allures, le pas serait l’allure qui induit le plus de pressions. Ce constat n’est pas en accord avec les résultats trouvés dans la littérature (Von Peinen 2013). Cependant on pourrait l’expliquer par le fait qu’au pas le cheval n’est pas forcément tendu et mobilise moins ses abdos mais aussi que le cavalier n’est pas obligatoirement gainé. De plus, c’est l’allure où le cheval a le moins de rebond pour contrecarrer la force gravitationnelle. Wolframm et al (2013) considèrent le pas comme l’allure la plus difficile à prévoir en selle mais aussi à analyser, sinon ce serait trop simple 😂

E) Le trot, qu’il soit pratiqué assis ou enlevé, est l’allure qui induit le moins de pressions. C’est au trot assis que les pressions moyennes sont le plus élevées, ce qui s’accorde avec les résultats de l’étude de Martin et al. (2016). Pourquoi ? Car le cavalier bénéficie du rebond du cheval pour se mettre en équilibre sur ses pieds et donc peut transférer moins de charges sur le dos du cheval comme le concluent Peham et al. (2010).

F) On observe aussi plus de pression à l’avant au trot enlevé par rapport aux autres allures comme l'évoquaient les auteurs des deux articles cités précédemment. Plutôt logique encore une fois car le poids du cavalier est projeté vers l’avant de la selle lorsqu’il se met en équilibre.

G) Dans cette étude, le galop induirait plus de pression que le trot pour la plupart des cavaliers ce qui peut dépendre de la façon dont le cavalier accompagne le galop. 

H) Les pressions moyennes sont généralement plus élevées en cercle qu’en ligne droite (les lignes droites étaient réalisées au milieu de la carrière pour éviter un appui inconscient du cheval vers la lisse).

I) Chaque couple à des asymétries, plus ou moins marquées entre la partie gauche et la partie droite de la selle. Ces asymétries sont souvent amplifiées au galop et moins marquées au trot enlevé. Elles sont sûrement dues à la position du cavalier mais aussi à l’aisance du couple à main gauche et à main droite. (Avouez, vous aussi vous avez votre préférence entre main droite et main gauche).

Mais attention ! Les pressions moyennes sous la totalité de la selle ne permettent pas de constater certaines inadaptations de selle comme par exemple une selle qui fait pont, c’est pourquoi il est aussi important d’observer les pressions des matelassures à gauche et à droite ainsi que les pressions des parties avant, milieu et arrière de la selle. Dans cette étude par exemple, deux des neuf selles étudiées font pont, c’est-à-dire qu’elles reposent principalement à l’avant et à l’arrière mais assez peu au milieu. Dans l’étude de Dittmann et al. citée précédemment, 14% des selles étudiées avaient un effet pont.

Que pouvons-nous donc conclure de tout ça ?

Les résultats de cette étude sont très satisfaisants concernant la répétabilité des données, en effet, le fait de répéter 3 fois chaque exercice à toutes les allures, en ligne droite et en cercle ce n’était pas de tout repos mais ça a permis de valider un point du protocole. Une fois les enregistrements comparés entre eux en fonction de l’allure et de l’exercice réalisé, les variations de pressions étaient faibles, ce qui va dans le sens où la fiabilité, la répétabilité de l’outil et celles du protocole sont correctes. Plus qu’à tester ça officiellement lors de la thèse !

En effet, elle servait d’étude pilote à la mise en place du doctorat. D’autres études de plus grande ampleur et sur d’autres exercices vont suivre, notamment des essais en saut d’obstacle.


Bibliographie 

🡪 Effect of the rider position during rising trot on the horse's biomechanics, Martin et al 2016

🡪 A comparison of forces acting on the horse's back and the stability of the rider's seat in different position at the trot, Peham et al 2010

🡪“Feel the Force”—Prevalence of Subjectively Assessed Saddle Fit Problems in Swiss Riding Horses and Their Association With Saddle Pressure Measurements and Back Pain – Marie T. Dittmann et al (2021)



 

 

Pauline Vanpeperstraete

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